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big brother bientôt à Marseille ?

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big brother bientôt à Marseille ?

Messagepar ulysse » Lun 02 Juil 2018 10:34

https://framaforms.org/atelier-resister ... 1528708845 <https://framaforms.org/atelier-resister-a-la-surveillance-big-data-a-marseille-1528708845>
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Le mardi 26 juin à Marseille, La Quadrature du Net organise un atelier autour du projet municipal de déploiement d'un outil de surveillance Big Data <https://www.laquadrature.net/fr/surveillance_big_data_marseille>, annoncé fin 2017 et en cours d'expérimentation.

Le but de cet échange est de constituer des groupes de travail pérennes pour tenter de juguler les menaces que fait peser ce projet sur les libertés publiques. Militant.e.s, juristes, informaticien.ne.s, artistes, etc. sont donc invité.e.s à s'inscrire pour participer et tenter de barrer la route à la dérive orwelienne de la Smart City™ marseillaise.

Après un moment commun de présentation, les participant.e.s seront invité.e.s à constituer des groupes de travail thématiques (ex : groupe « communication » portant sur la réalisation de supports d'information tels que des affiches ou des tracts, groupe « action juridique » pour étudier l'état du droit et mobiliser des arguments juridiques contre le projet, groupe « mobilisation » pour fédérer différents groupes citoyens dans le cadre d’initiatives communes). En conclusion, un moment de restitution plénière permettra de partager le fruit du travail en groupe et de décider ensemble des prochaines étapes.
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La surveillance policière dopée aux Big Data arrive près de chez vous !


20 mars 2018 - ​La quadrature du Net

Isabelle Falque-Pierrotin

Il y a trois mois, la mairie de Marseille annonçait
​ ​
le début du déploiement de son « observatoire Big Data de la
tranquillité publique » à l'issue d'un appel d'offre remporté par l'entreprise Engie Inéo, leader du marché de la vidéosurveillance. Félix
Tréguer, chercheur et membre de La Quadrature, écrivait alors à la ​​
mairie et à la CNIL en faisant valoir son droit d'accès aux documents
administratifs pour obtenir davantage d'informations (a.k.a #CADAlove). À quelques heures d'une réunion publique qui doit se tenir à Marseille,

La Quadrature publie un premier document en provenance de la mairie de Marseille, le Cahier des Clauses Techniques Particulières (CCTP),

qui détaille les objectifs et les soubassements techniques du projet.

Mise-à-jour (7 juin 2018) - Trois nouveaux documents sont disponibles :

le Cahier des Clauses Administratives Particulières (CCAP),

le rapport d'évaluation des candidatures, où l'on découvre l'identité du second candidat au marché public (Thalès),

le document décrivant l'intégration du dispositif dans les systèmes d'information de la ville de Marseille.


Les responsables municipaux présentent cet observatoire Big Data, annoncé en juillet 2014 et voté par la ville en 2015, comme la
première brique de la Smart City™ du « turfu »,
​ ​
croyant ainsi faire de l'indécrottable Marseille une ville pionnière de cette

clinquante utopie technocratique. Pour ces élus marseillais qui n'ont pas de mots assez durs contre cette ville bigarrée et ses

pauvres, le Big Data apparaît comme une véritable aubaine. Selon Caroline Pozmentier, l'adjointe au maire en charge de la sécurité,

il va en effet permettre de « façonner la ville quasi idéale ». Rien que ça !

Le Centre de supervision urbaine de Marseille, en février 2013 (Photo Olivier Monge. Myop).

Quelles données ? Quels objectifs ?

Alors que les expérimentations en matière de police prédictive sont encore balbutiantes en France,

le projet marseillais promet une vaste plateforme d'intégration basée « sur les méthodes de Big Data »

et de « machine learning »,
​ ​
capable d'« analyser ce qui s'est passé (hier) », d'« apprécier la
situation actuelle » (aujourd'hui) », et d'« anticiper la situation future ou probable (demain) »

(p. 12). Le kiffe. Les rédacteurs du CCTP ne s'en cachent pas : « l'approche est particulièrement

exploratoire et créative » (p. 42). Mais si les Chinois et les Américains y arrivent, pourquoi pas nous ?

Madame Pozmentier, bien à l’aise dans son rôle de porteuse de projet qu'elle imagine sans doute à fort

potentiel électoral, est formelle :
« Ce big data ne marchera que si l’on assimile toutes les informations
police, justice, marins-pompiers, transports, route, météo etc. ».
L'outil agrégera en effet de multiples bases de données structurées et
non-structurées, notamment celle de la Délégation Générale de la
Sécurité (DGSEC) de la ville de Marseille, qui répertorie toutes les
mains courantes, les verbalisations, et bien d'autres données
géolocalisées récoltées par les acteurs municipaux de la sécurité.

À cela s'ajouteront les flux du vaste réseau de vidéo-surveillance
rendu « intelligent » grâce au traitement de l'image (2000 caméras à
terme, et demain des drones1),
​ ​
les données des hôpitaux publics, les

données publiées par les foules sur les réseaux sociaux

(Twitter et Facebook sont mentionnés page 22 du CCTP).
Sans compter les jeux de données fournis par les partenaires externes
de la ville, qu'il s'agisse d'autres collectivités, de l'État (coucou la
Place Beauvau, ses statistiques sur la criminalité, ses fichiers biométriques TES
et autres !) ou des partenaires privés (opérateurs télécoms, etc.),
qu'Engie Inéo aura pour mission de démarcher. Il y a de quoi faire.

Enfin, le « crowdsourcing » est également de mise. Si l’on en croit le CCTP,
« chaque citoyen » pourra « fournir en temps réel des informations
(texto, vidéo, photo, vitesse de déplacement, niveau de stress, ...) via une

application sur smartphone ou des objets connectés » (p. 20). Marseille

surenchérit, alors que Nice va déployer son « app » Reporty.

Grâce à toutes ces données, la ville souhaite donc analyser
automatiquement les « incidents » grâce à des algorithmes portant sur
« leur contexte et leur cause », sur la « détection et l'investigation
des comportements anormaux », sur la « géolocalisation des points dits
"chauds" de la ville ». Que de réjouissances ! Comme évoqué plus haut,
il est aussi question de vidéosurveillance « intelligente », en lien
avec la vidéo-verbalisation et, demain, la reconnaissance faciale2.

Les joies du public-privé

Le prestataire retenu fin novembre, l'entreprise Engie Inéo, n'est
pas tombé de la dernière pluie en matière de bluff techno-sécuritaire :
l'entreprise est en effet leader du marché français de la
vidéosurveillance, qui lui a rapporté en 2013 autour de 60 millions
d'euros3. Depuis quelques années, notamment grâce à des partenariats
avec des entreprises comme IBM, elle se positionne sur le marché en
plein extension de la Smart City™ et des solutions Big Data™.

Engie Inéo, donc, est aux manettes de cet outil amené à se substituer
en partie aux femmes et aux hommes qui travaillent dans la police et
qui, à terme, leur dictera la marche à suivre. L'entreprise promet
qu'il sera « pleinement opérationnel » fin 2020. 1,8 million d'euros
sont pour l'instant mis sur la table. L'essentiel de cette somme vient
de la ville et des autres collectivités locales, mais l'Union
​E​uropéenne
apporte également 600 000 euros via les fonds de développement régional

FEDER (pdf). Vive l'Europe !4

Parions que les coûts liés à la mise en place d'un outil fonctionnel
seront vite amenés à exploser. Car la privatisation croissante des
politiques publiques – notamment dans le champ de la sécurité –
s'accompagne bien souvent de véritables gabegies financières. On se
prend alors à rêver de tout ce qu'on aurait pu faire pour aborder la
question de la sécurité autrement que par le prisme étriqué de la
gestion statistique et du contrôle social...

Dangers sur les libertés

Et la vie privée dans tout ça ?

Caroline Pozmentier assure
que « sur notre plate-forme, nous n’utiliserons que des données
anonymisées. Et nous travaillons avec la CNIL dans le respect strict du
référentiel de recommandations que nous appliquons déjà pour notre
système de vidéoprotection ». Rassurés ?

Au vu de la description de l'outil, il n'y a aucune raison de l'être.
La CNIL, où plutôt son comité de prospective, publiait justement à
l'automne dernier un rapport sur la Smart City (pdf)
où était rappelée cette évidence : « Les comportements suspects ne
resteront pas anonymes ». À partir des expériences déjà menées aux
États-Unis, le rapport soulignait également :

Si les systèmes basés sur de l’algorithmie prédictive promettent de
produire des résultats, ils sont aussi de formidables reproducteurs de
biais. Plusieurs expériences ont par exemple démontré que les outils
d’aide à la localisation des forces de l’ordre avaient tendance à
renforcer certaines discriminations et qu’en termes d’efficacité, ils
relevaient davantage de la prophétie auto-réalisatrice5.


Les biais humains dans les jeux de données, rendus invisibles une
fois passés à la moulinettes des traitements statistiques, risquent en
effet de démultiplier les discriminations structurelles déjà subies par
celles et ceux qui vivent dans les quartiers pauvres – ceux que le
document municipal désigne pudiquement comme les « territoires sensibles
spécifiques ».

Sans parler du risque de faux-positifs dans la détection des comportements

suspects et des infractions.

Sur le plan de la liberté d'expression, d'opinion, de conscience, de
circulation, de manifestation, le projet pose également question, tant
la surveillance des foules est mise en exergue dans le CCTP. Il y est
notamment souligné la nécessité d'anticiper la « menace », par exemple
« par évaluation du risque de rassemblements dangereux par analyse des
tweets » et par « l'identification des acteurs » (puisqu'on vous dit que
la promesse d'anonymisation est un leurre !)6.

Pourra-t-on se joindre à un événement culturel ou une réunion
politique sur la voie publique sans risquer d'être mis en fiche par cet
outil de surveillance ? Faut-il comprendre que la simple participation à
des manifestations et la critique de l'autorité sur les réseaux sociaux
suffiront à être identifiés comme une menace pour l'ordre public,

à l'image des leaders du mouvement Black Lives Matter à Baltimore ?7

De quelles garanties dispose-t-on pour s'assurer que ce système ne sera
pas utilisé pour cibler l'ensemble d'une communauté religieuse, comme
l'a fait la police new-yorkaise s'agissant des musulmans de la ville ?8 Aucune.

On nous rétorquera que, pour l'heure, le projet n'évoque pas
directement ces aspects (évidemment), mais la nature des outils et les
usages qui en sont fait ailleurs dans le monde invitent au plus grand
scepticisme.

La CNIL, un alibi bien commode ?

Peut-on tout de même s'attendre à ce que la CNIL encadre comme il se doit ces dispositifs

de surveillance dopés aux Big Data ?

Malheureusement, elle semble davantage jouer le rôle d'alibi pour
rassurer la population que celui de gardienne des libertés publiques.
Voulant en savoir plus sur la manière dont elle accompagne (ou pas) ce
genre de projets, nous avons demandé en décembre un RDV à la CNIL et à
sa présidente. Aucune réponse à ce jour. Même absence de réponse suite à
une demande de RDV auprès de la mairie de Marseille.

À l'avenir, la CNIL sera carrément empêchée de faire quoique ce soit
d'un peu efficace si le Parlement ne corrige pas fermement l'ajout délirant de

Mme Joissains, rapporteur au Sénat sur le projet de loi
données personnelles, qui cherche justement à l'empêcher de prononcer
la moindre sanction contre une collectivité territoriale. Ben voyons !

Et si la Smart City™ n'était qu'un immense jeu de dupes, juste bon à
généraliser le type d'outils de surveillance massive expérimentés depuis
près de dix ans par les services de renseignement à l'ensemble du champ
public et privé de la sécurité ?

1.
Caroline Pozmentier : « Pour le déploiement du second millier de
caméras, on va lancer une grande concertation, avec notamment les
comités d’intérêts de quartiers et les bailleurs sociaux, car je ne
m’interdis pas d’installer de la vidéoprotection en plein cœur des cités
sensibles de la ville, et même que l’on ait un jour recours à des
drones civils » (source).

2. En 2016, le projet avait été évoqué comme une solution permettant de
repérer automatiquement les personnes fichées S dans la rue.

3. Voir le passage qui lui est consacré dans une enquête de
Cash Investigation en date de 2015.

4. On a quand même tenté d'écrire au Contrôleur européen de la protection des données
pour lui demander son avis sur cette utilisation des fonds européens
dédiés à la lutte contre les inégalités régionales au sein de l'Union,
et pour lesquels la région PACA dispose il est vrai d'une grande marge
de manœuvre, mais il nous a expliqué gentiment que ce n'était pas de son
ressort...

5. CNIL (2017), Smart city et données personnelles : quels enjeux de politiques publiques et de vie privée ?,
Paris. https://www.cnil.fr/sites/default/files ... rs_ip5.pdf , page 39

6.
Le document poursuit page 14 en expliquant vouloir savoir « (qui
parle ?, qui agit ?, qui interagit avec qui?) », la « remontée des fils
de conversation (qui organise ? qui est le primo-déposant ?) ».

7. Patterson, B. E. (3 août 2015), Black Lives Matter organizers were labeled as “threat actors”
by a cybersecurity firm. https://www.motherjones.com/politics/20 ... imore-bl...

8. « The
NYPD mapped Muslim communities and their religious, educational, and
social institutions and businesses in New York City (and beyond). It
deployed NYPD officers and informants to infiltrate mosques and other
institutions to monitor the conversations of Muslim New Yorkers,
including religious leaders, based on their religion without any
suspicion of wrongdoing. It conducted other forms of warrantless
surveillance of Muslims, including the monitoring of websites, blogs,
and other online forums. The results of these unlawful spying activities
were entered into NYPD intelligence databases, which amassed
information about thousands of law-abiding Americans. ».
Raza v. City of New York - Legal Challenge to NYPD Muslim Surveillance Program (3 août 2017).
https://www.aclu.org/cases/raza-v-city- ... ce-program
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